Fragments toponymiques
Les fragments toponymiques sont des éléments constitutifs d’un nom de lieu appelé toponyme. La plupart des toponymes sont constitués d’un anthroponyme ou nom de personne et d’un suffixe, voire d’un préfixe marquant la propriété.
Ce travail intitulé « Fragments toponymiques » s’intéresse aux suffixes et aux préfixes répandus sur le territoire français, pour l’instant, et plus spécifiquement sur le territoire des treize régions françaises.
Le moyen le plus efficace pour observer et comprendre l’étendue géographique d’un fragment toponymique est la carte de géographie. On peut passer des heures à regarder une carte, comprendre le paysage grâce aux couleurs, le relief grâce aux courbes de niveau et l’occupation humaine d’un territoire grâce aux forêts, aux champs, aux routes ou aux villes représentés.
Les fragments toponymiques nous permettent par exemple de visualiser l’espace occupé autrefois par un peuple, d’appréhender la notion de territoire. On peut faire un peu d’histoire mais ce qui m’intéresse avant tout est la représentation visuelle de cette occupation territoriale des fragments toponymiques.
Après un recensement de ces fragments sur tout le territoire français, je me suis orienté vers une relecture et une écriture des fragments toponymiques pour les treize régions de France, treize tableaux. En voici le résultat avec quelques indications toponymiques.
Bretagne
En ce qui concerne la Bretagne de l’ouest, les fragments toponymiques sont essentiellement des préfixes comme « ker » (de »caer » lieu fortifié et plus tard village, hameau, ferme ou maison) ou « plou » et ses variantes « plé », « plu », « pleu » (paroisse).
En Bretagne de l’est (pays Gallo) on trouve principalement des suffixes comme dans le reste de la France.
Normandie
En Normandie le suffixe « ville » domine. Il vient du latin « villa » qui désignait un domaine rural à l’époque gallo-romaine.
Durant le haut Moyen-Âge, il fut souvent combiné avec le nom d’un propriétaire germanique ou romain.
Cette forte concentration est aussi liée à l’influence des colons normands qui ont repris ces domaines ruraux.
Hauts-de-France
Dans le nord de la région le toponyme « kerque »(kerk) est issu du bas-francique/flamand ancien et désigne la présence d’une église ou d’une paroisse.
Le toponyme « hove » dont l’origine vient d’hofstee (ferme) est l’équivalent de « court » et désigne un enclos entouré de haies.
La terminaison « gnies » est une évolution romane de la terminaison franque ou germanique « ingen » signifiant « demeure de ».
Grand Est
Comme dans les Hauts-de-France, le suffixe « court » s’impose dans le Grand Est. Dans le royaume des Francs, les domaines ruraux s’appelaient « curtis » (la cour de ferme).
En Alsace, beaucoup de noms de communes se terminent par « heim » ce qui veut dire « hameau » en allemand.
Après le démembrement du royaume franc d’Austrasie au VIIIe siècle, les noms de villages se terminant en « ing » désignant un village, ont été francisés en « ange ». En Moselle, il reste encore beaucoup de terminaisons en « ing ».
Pays de la Loire
La quasi totalité des noms en « ière » remonte à de petites exploitations paysannes dont le nom était emprunté à la famille qui s’y était implantée.
La finale « é » est une évolution phonétique du suffixe gallo-romain « acu » issu du gaullois « acon » marquant une fois de plus la propriété. La forme « é » est caractéristique de l’ouest (Maine, Haute-Bretagne, Anjou).
Centre-Val de Loire
La forte densité des noms en « ville » (nom de propriétaire +ville) dans le nord de la région et plus spécifiquement en Beauce témoigne de la mise en valeur agricole ancienne de ce vaste plateau limoneux.
La terminaison « ay » est un suffixe de propriété (nom de personne suivi d’un suffixe indiquant la terre). Dans certaines régions ou toponymes isolés, « ay » dérive de racines anciennes signifiant l’eau, l’île ou la zone humide.
Auvergne-Rhône-Alpes
La finale « acum » a donné « ac » dans le domaine occitan et notamment dans le Limousin et la Marche. Cependant, au cours du Moyen-Âge, le « c » final qui n’était plus prononcé a été parfois remplacé, dans les formes écrites seulement, par un « t » qui n’a jamais été prononcé.
Les « x » et « z » des pays de Savoie ne se prononcent pas. Choix des scribes du IXe siècle dans un souci de distinguer la prononciation du patois de celle du latin. Si l’accent tonique est sur la dernière syllabe on ajoute un « x », s’il est sur l’avant dernière on ajoute un « y ».
PACA
Le toponyme « villard » vient du latin « villare » dérivé de « villa » qui désigne une exploitation agricole, une ferme ou un hameau dépendant d’un grand domaine rural. Très répandu dans les régions de moyenne montagne et dans le quart sud-est de la France, il a servi à nommer les hameaux de défrichement.
occitanie
Le suffixe « ac » que l’on retrouve dans tant de communes du sud-ouest nous plonge dans un passé où les territoires étaient des domaines agricoles appartenant à des notables romains. Du « acos » gaullois au « acum » romain jusqu’au « ac » contracté.
Puech est l’une des transcriptions en français du terme occitan « puèg » qui signifie « petite hauteur ». L’équivalent en français ancien de ce terme est « pui » ou « puy ».
Nouvelle-Aquitaine
Chez X. Dans la majorité des cas nous sommes en présence de toponymes formés d’un nom propre suivi de la préposition « chez ». Très répandus en Charente, Charente maritime, Puy-de-Dôme, Vienne et Haute-Vienne. On les trouve également en Haute-Savoie et en Saône-et-Loire.
La terminaison en « enx »provient de l’évolution du suffixe germanique « ingos » (possession, appartenance à un clan) introduit lors de l’implantation des wisigoths au Ve siècle.
